Environnement : quand l’art passe à l’action

Entre catastrophisme et optimisme, le problème sociétal lié à la nature et son évolution résonne dans le domaine artistique avec beaucoup de prudence et de positionnements. Mais depuis quelques années, des artistes de différents horizons, pays et générations expriment chacun à leur manière leurs préoccupations et leurs sentiments face au changement climatique planétaire provoqué par l’intensification de l’activité économique mondiale. De la simple photo dénonciatrice aux actions communes menées avec les ONG, l’art sert de plus en plus la cause environnementale.

art-green-5Sous l’objectif du photographe, une centaine de volontaires nus, face au soleil, au plein cœur d’un grand vignoble du sud de la Bourgogne. Le 4 octobre dernier, le célèbre artiste américain Spencer Tunick avait invité 700 figurants à participer nus à une installation humaine incarnant la vulnérabilité de l’homme face aux changements climatiques. Initiée par Greenpeace France, cette mise en scène a reçu un écho certain dans les médias. Objectif atteint pour l’ONG qui aura vu son rapport sur les impacts des changements climatiques sur la viticulture largement relayé par les journalistes. Ou quand la création sert la cause écologique : ” À travers mon art, j’espère attirer l’attention sur la vulnérabilité de notre existence et sur ce lien singulier qui relie les êtres humains aux aliments qu’ils consomment, pour leur plaisir ou pour leur survie. ” souligne ainsi l’artiste américain.

La mondialisation comme cible de prédilection

Si Spencer Tunick interroge depuis 15 ans la relation entre l’homme et son environnement, ce n’est que récemment que l’art s’est mis à servir plus massivement la cause verte. Jeune foire d’art contemporain créée dans le sillage de la FIAC, Show Off s’est d’ailleurs mise au goût du jour en présentant le travail d’artistes questionnant la fluidité, l’art urbain et l’environnement. Installés aux pieds du Pont Alexandre III, 50 lapins du collectif d’artistes Cracking Art Group accueillent les visiteurs. Ces sculptures en plastique dénoncent (à leur manière) les effets du réchauffement climatique. En effet, l’intention de ce collectif est “de changer l’histoire de l’art à la fois par un fort engagement social et environnemental et l’utilisation révolutionnaire et novatrice de différents plastiques qui évoquent une relation stricte entre la vie naturelle et la réalité artificielle”.

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À l’intérieur, sont exposés une centaine d’artistes internationaux. Mais plus que l’engagement environnemental, c’est la dénonciation des effets pervers de la mondialisation qui trouve le mieux sa place, à l’image du travail du photographe Jean-François Rauzier. Ses clichés nous incitent à réfléchir sur l’omniprésence de la voiture dans notre société (voir photo) ou sur la concentration de la population dans les grands centres urbains. Plus loin, la galerie Taiss expose le travail de l’artiste chinois Luo Dan. Pour Gérard Links, Directeur de la galerie parisienne, “Luo Dan retranscrit dans ses œuvres des personnages sans force face à l’évolution rapide de leur environnement à l’image du barrage des Trois Gorges, qui a nécessité le déplacement de plus de 1,2 millions de personnes”. Même sentiment d’impuissance chez Seunghee Kang dans la galerie Metropolis : “dans son œuvre « An artist who cannot speak english is not Artists », l’artiste déplore la perte d’identité dans un monde uniforme et l’indifférence qui en résulte vis-à-vis des autres et de l’environnement qui nous entoure “ explique la responsable de la galerie Marie Guilhot Voyant.

Une revendication… internationale

art-green-4Mais l’art peut également revêtir une forme plus revendicatrice. Au Québec, l’organisme artistique et culturel ATSA (Action Terroriste Socialement Acceptable) a pour mission de faire de l’expression artistique “un moyen créatif original qui témoigne et interpelle la population envers des causes sociales, environnementales”. Fondée en 1997, l’ATSA multiplie les initiatives originales et toujours engagées. Au programme, squat polaire, mise en scène d’attentat, ou “prise d’assaut de forteresse avec boules de gomme roses” (voir photo). En France, l’Association Art & Environnement tient sensiblement le même rôle. En partenariat avec le Programme des Nations Unies Pour l’Environnement, elle organise des expositions et événements artistiques suivis de projets de reforestation ou de programmes d’éducation des enfants.

Enfin aux Etats-Unis, EcoArtSpace réunit des artistes, écrivains, scientifiques et des responsables d’entreprises. L’association fournit des services pour faciliter le travail de tous ces acteurs et promouvoir ainsi la cause environnementale. Un principe que l’école d’art “Pac bô” applique chaque jour pour ses étudiants. Spécialisée dans les arts plastiques, cette école s’est installée dans une ancienne ferme rénovée. À une vingtaine de kilomètres d’Angoulême, elle est située en pleine nature, au cœur d’un parc naturel de plus de 10 hectares accessible aux artistes et aux élèves, avec forêts, étang et prairies.

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