L’habitat durable en Europe (3) : Bo01 à Malmö, un écoquartier post-industriel
Le site
Troisième ville de Suède avec 280 000 habitants, Malmö est résolument tournée vers le large. Plus cosmopolite que Stockhom ou Göteborg, elle doit son développement à sa position stratégique face à Copenhague, sur le détroit de l’Oresund qui sépare la mer du Nord de la Baltique. Une position qui explique le passé industriel de la ville et l’intensité de son activité portuaire.
Gagné sur la mer à la fin du 19e siècle, le port ouest (Västra Hamnen) de Malmö a successivement accueilli deux géants de l’industrie : le chantier naval Kockums, puis l’usine Saab, dont le rachat par General Motors en 1990 aboutira six ans plus tard à la fermeture de l’usine. Le bilan économique de ces restructurations est lourd, puisqu’entre 1985 et 1995, Malmö perd plusieurs milliers d’emplois. Avec des conséquences que l’on devine aisément : inégalités, tensions, criminalité.
Devenue propriétaire du foncier, la municipalité cherche alors le moyen d’éviter le naufrage. Son objectif : transformer le port en pôle de compétitivité et de recherche bref, opérer sa reconversion vers une économie immatérielle. Cette stratégie donne d’abord lieu à la création d’une université, qui accueille aujourd’hui 20 000 étudiants. Un vrai changement de cap, puisque l’activité estudiantine se concentrait jusqu’alors à Lund, située 30 km plus au nord.
A partir de 1997, il est aussi question de transformer une partie du port en zone d’habitation. Commence alors un vaste chantier dont l’enjeu est de dépolluer le site pour y accueillir l’exposition internationale de l’habitat en 2001. C’est l’acte de naissance de Bo01 (”Bo” pour habitant, 01 pour 2001).
Objectif qualité de vie
Symbole de la reconversion du port, le Turning torso (photo ci-contre) domine Bo01, et affiche d’emblée la couleur. Dessiné par Calatrava, ce gratte-ciel de 190 m est à la lettre un sémaphore, grâce à quoi la ville entend signaler que l’orage est passé. Une stratégie payante : moins de 10 ans après son érection, l’immeuble est devenu l’emblème de Malmö, et les touristes adorent s’y prendre en photo.Il n’est pourtant que la part spectaculaire d’un projet plus vaste. A ses pieds, Bo01 ménage au visiteur d’autres surprises. Il faut dire que cet écoquartier de 9ha a fait l’objet de soins particuliers. Avant que ne soit posée la première pierre, deux ans de concertation entre pouvoirs publics, promoteurs, architectes et citoyens ont été nécessaires.
Les acteurs du projet ne s’interrogent pas seulement sur les performances environnementales du futur quartier. Au contraire, la concertation affiche un objectif à la fois plus simple et plus ambitieux : rendre Bo01 aussi agréable à vivre que possible. Les consultations menées auprès de la population et les recherches sur le cadre de vie dessinent alors quelques pistes :
- Diversité architecturale, à rebours des grands ensembles où règne l’uniformité
- plans d’eau et d’espaces verts
- œuvres d’art
- commerces et lieux de vie
- Place de la voiture limitée
Après une promenade dans le quartier, il faut convenir que les attentes de la population ont été pleinement satisfaites. Non seulement Bo01 jouit d’une localisation idéale (en front de mer), mais le quartier offre une grande variété de formes architecturales : maisons, petits collectifs, gratte-ciel… Les espaces verts y sont nombreux et l’eau omniprésente, grâce à un système de pompage.
Durable, mais…
En termes de développement durable, Bo01 offre un bilan plus mitigé. Certes, le quartier a atteint ses objectifs énergétiques : alimenté en électricité par une éolienne off shore de 2 MW et 1400m² de panneaux solaires, chauffé grâce à une pompe à chaleur, il dépend à 100% de sources d’énergie renouvelables. En revanche, les logements affichent des niveaux de consommation plus élevés que prévu – 105kWh/m²/an en moyenne.
Il n’empêche : par son histoire et sa qualité architecturale, Bo01 a fait école. Moins de 10 ans après sa construction, d’autres projets de développement sont en cours à l’est de l’ancienne zone portuaire. S’ils sont moins spectaculaires que leur audacieux modèle, ces nouveaux écoquartiers partagent la même ambition : faire de Malmö une ville post-industrielle.
Pierre Monségur
Pour en savoir plus :
la vidéo réalisée par notre envoyée spéciale
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